Evolution de la présence postale : exemple dans l'Aisne

Publié le par CGT Poste Villeurbanne PPDC



Source : L'Aisne Nouvelle



« Aisne. La Poste joue à guichets fermés

 

 

Pour le directeur régional de la Poste, Philippe D., le réseau de distribution des produits postaux reste plus que correct. Le slogan « Bougez avec La Poste» s'est depuis quelque temps transformé, pour les communes rurales, en un moins glamour « Bougez à cause de La Poste ». Pour faire face au manque de fréquentation, dont souffrent certaines communes, l'entreprise publique, devenue il y a peu société anonyme, modifie sa présence sur le territoire. Le maillage territorial de La Poste évolue pour s'adapter aux besoins d'aujourd'hui. L'Aisne, bien évidemment, n'échappe pas à la règle.

 

« On ne fermera pas de bureau sans autorisation du maire et le facteur passera toujours », martèle-t-on auprès de la direction départementale de la Poste. Un message que se plaît à rappeler Philippe D. (voir ci-dessous). Jamais le terme de fermeture n'est prononcé, tout juste évoque-t-on des « déménagements ». Dans les communes, l'impression est toute autre et l'on a le sentiment que la Poste joue sur les mots. Le bureau postal ferme ses portes, mais la majorité des services postaux sont sauvegardés assure-t-on du côté de la Direction. Alors pour minimiser la casse, les communes n'ont le « choix » qu'entre deux possibilités : maintenir un point de contact soit par un relais commerçant, soit via la gestion directe du service par la commune avec la création d'une agence postale communale (APC). Quant aux derniers bureaux existants, ils voient leurs horaires restreints. Une tendance qui devient générale en milieu rural où les services peinent à être maintenus.

 

A Nauroy comme à Brancourt-le-Grand, une agence postale communale verra le jour en septembre prochain. A Levergies, ce sera en mai. Montigny-en-Arroise sera contraint et forcé de créer une APC, faute de commerçants disponibles. Beaurevoir, Seboncourt, Vermand verront les horaires du bureau de poste diminuer tout comme le Catelet ou Fargniers. Estrees envisage de mettre un commerçant. Un véritable inventaire à la Prévert de la fuite de la Poste en milieu rural.

Ainsi à Lehaucourt, on a privilégié l'agence postale communale, dont on ne voulait absolument pas entendre parler à Lesdins, commune voisine, où le choix s'est porté sur le point relais commerçant. Mais que cela soit un relais poste commerçant ou une agence postale communale, à chaque fois c'était un moindre mal pour les communes rurales.

 

 

DES OBJECTIFS AMBITIEUX

 

Après l'Oise et la Somme, Philippe D., directeur régional du groupe La Poste, a affirmé sa volonté d'une présence postale maintenue et adaptée. Un objectif qui relève presque de l'impossible, à l'heure où la mobilisation des Axonais s'amplifie, contre une remise en cause du service public.

« Il n'y aura pas de fermeture de points de contact », affirme d'emblée le directeur régional. Exit donc les bureaux de poste, une page se tourne, la hiérarchie s'exprime désormais en : points de contact ! « Il y a des adaptations dans la concertation », insiste Philippe D., dont l'ambition affichée est de gagner en performance pour faire grandir la confiance des clients.

Pour tenter d'atteindre cet ambitieux objectif, La Poste occupe le terrain aujourd'hui avec ses bureaux, 124 dans l'Aisne, des agences postales communales ou intercommunales (41), et des relais poste commerçants (17). La volonté est de permettre à 90 % de la population de se trouver à moins de 5 km ou 20 minutes d'un point de contact. L'Aisne paraît privilégiée avec 91,30 % !

Les agences communales s'engagent par convention à une ouverture minimum de 15 heures par semaine, pour lesquelles les collectivités perçoivent en contrepartie 10 000 € d'indemnité annuellement. Les commerçants relais-poste perçoivent pour leur part de 250 à 300 € par mois.

Malgré ces bouleversements, tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes, selon Philippe D. « Ce n'est pas un réseau postal au rabais, ces personnes sont formées par la Poste et sont ensuite suivies tout au long de leur activité. Il n'y a jamais de passage en force mais toujours une concertation. » Bref, dans cette grande opération de communication, l'homme fort au niveau de la région annonce, pour 2012, 95 % de clients satisfaits. Et pour cela 5 M€ ont été investis depuis 2007, et pour 2010 les bureaux de Soissons principal et Château-Thierry seront rénovés. L'une des priorités : l'accueil des clients, qui, pour réaliser des opérations courantes, ne devraient désormais patienter qu'au maximum 5 minutes. Une vraie révolution en certains lieux.

Pour l'heure depuis le 17 février, 150 postiers, dont 90 facteurs, ont pris possession à Saint-Quentin de la nouvelle plate-forme de distribution.

 

 

UN PARTENARIAT "SUBI" A LESDINS

 

Dans la commune de Lesdins, la pilule a encore du mal à passer, et c'est l'incompréhension qui prévaut. Dans ce village de 950 âmes en pleine croissance, l'employé de l'entreprise postale présent 18 heures par semaine, déléguera à partir du 2 mars prochain ses fonctions à Bernard Page, gérant du café « le cristal ». Une solution dont doivent se contenter le maire de la commune et ses administrés, bien à contrecœur.

Une décision de fermeture d'autant moins compréhensible car la commune loue le bâtiment postal pour la modique somme de 620 euros par an !

Mais voilà, selon l'entreprise publique, l'employé n'était rentable que la moitié du temps travaillé. Suivant ces dires, la mairie a alors proposé une réduction des horaires avec trois demi-journées par semaine au lieu de six.

Mais là aussi, fin de non-recevoir. Alors l'entreprise a proposé deux alternatives à la fermeture au conseil municipal il y a un an et demie.

« Soit je créais une agence postale communale mais la commune n'a pas les moyens d'avoir un employé rien que pour la Poste, soit je cherchais un commerçant qui pourrait reprendre les missions de la Poste. Aucune des deux solutions ne nous satisfaisait. Nous ce que nous voulions, c'était de garder le bureau de poste à tout prix », avance le marie Gérard D.

Une entrevue avec le préfet n'y changera rien… ou si peu. L'édile du village obtient le maintien de l'agent postal jusqu'au 2 mars. La suite ? C'est la Poste qui s'en est chargée. Prenant acte de la délibération prise à l'unanimité par le conseil municipal rejetant ses propositions, l'entreprise postale prend les choses en main.

« Comme nous ne voulions aucune des deux solutions, on nous a imposé la proposition du commerçant car si on ne prenait pas de décision, la Poste trancherait », poursuit Gérard D. « C'est l'entreprise publique qui est allée voir le cafetier qui était intéressé. Ca lui fera un petit plus pour lui. »

 

« C'est un service que je rends »

 

À partir du 2 mars, les habitants de Lesdins devront donc passer par le café pour envoyer un recommandé ou déposer un colis à envoyer. Bernard P., qui est en train d'aménager au bout du zinc un coin postal, exécutera pratiquement toutes les missions d'un postier normal. En ce qui concerne les retraits d'argent, ils ne pourront dépasser 150 euros. Et il n'aura pas accès aux comptes des clients. Le cafetier touchera une indemnité forfaitaire de 265 euros par semaine plus éventuellement un bonus sur le chiffre d'affaires. Mais Bernard P. reconnaît avoir accepté « pour rendre service. »

Ce changement risque pourtant d'en perturber certains selon Gérard D.

« Les plus réticents ont été les personnes âgées qui ont toujours été habituées à avoir un bureau de poste dans le village. Les autres s'habitueront. Sûr que si la Poste avait supprimé toute présence, j'aurais été plus loin. »

Comble de l'ironie, l'entreprise publique a « vendu » cette solution en affirmant que la présence postale sera doublée voire triplée, étant donné les horaires d'ouverture du café-tabac !

Quant au bureau de poste actuel, il restera à usage commercial.

« On y mettra un salon de coiffure, ou un maraîcher, on verra », avoue un brin fataliste Gérard D.

 

 

UNE AGENCE A LA MAIRIE DE LEHAUCOURT

 

« Tous les ans on venait nous voir en disant que la fréquentation était en diminution. Alors on nous a annoncé que soit les horaires seraient réduits, soit on créait une agence postale communale. On a fait le choix de l'APC, à contrecœur. » Comme beaucoup d'autres maires ruraux, Raymond F. a été mis devant un choix cornélien. Face à la menace de disparition de la présence postale, le maire a selon lui fait le moins mauvais choix en créant dans l'enceinte de la mairie un bureau postal ouvert depuis le 1er décembre 2008.

« On avait conscience que c'était un service public et que si l'Etat ne l'assumait pas, nous devions le faire. Avec l'APC, nous disposons de la gestion complète du bureau. Il est dans la mairie et nous avons la pleine gestion des horaires. Par exemple, le vendredi soir, il y a une nocturne de 17 h à 19 h, et le bureau est ouvert le samedi matin. Tout cela parce que je veux que les gens qui viennent repartent satisfaits. »

 

Entre la réduction drastique d'horaires et la création d'une APC, le choix a en fait été vite fait. La mairie disposait d'un local à disposition au sein même de la mairie. Et le maire a eu la possibilité de pouvoir créer un emploi. Alors le pas a été franchi allégrement.

« Nous avons recruté à mi-temps une personne qui était sans emploi. Elle rend à l'identique les services que fournissait la Poste. Et elle fera un autre mi-temps dans un village voisin. »

Et puis selon Raymond Froment, il n'y avait pas 36 choix possibles.

« La Poste n'avait pas trop proposé de solutions. C'était ou la réduction d'horaire, ou la création d'agence. L'idée du commerce, on l'a refusé immédiatement pour la confidentialité. Je vois mal les femmes ou les personnes âgées faire les opérations dans un café ou une épicerie. C'est mieux dans une agence communale avec un agent à l'écart des oreilles indiscrètes. » Une indemnité compensatrice de 855 euros par mois

D'ailleurs, pour Raymond F., les communes menacées par une fermeture ou une réduction d'horaires vont choisir l'agence communale.

En contrepartie de ce service, la commune reçoit une indemnité compensatrice forfaitaire mensuelle de 855 euros. Mais la rémunération de l'agent, le coût du local et les frais d'entretien son à la charge de la commune.

 

 

SAINT-QUENTIN : OUVERTURE DANS LA DOULEUR

 

L'industrialisation du courrier a connu un faux départ à Saint-Quentin. La plate-forme de préparation et de distribution du courrier de Saint-Quentin ouverte mardi 17 février, et qui est appelée à succéder à celle de Laon qui, elle, fermera définitivement le 14 mars, a connu quelques ratés. Depuis plusieurs jours, les Saint Quentinois se plaignent à juste titre de ne recevoir au mieux leur courrier que dans l'après-midi, au pire de ne pas en recevoir du tout. La raison de ce raté ? Les lieux d'acheminement du courrier qui s'éloignent et provoquent ces retards dans la distribution. Désormais, le courrier qui est distribué dans l'Aisne ne viendra plus de Laon, mais d'Amiens.

« Le courrier partira d'Amiens et ne sera acheminé sur Saint-Quentin qu'à partir de 5 h 30 pour le premier camion, et 6 h 20 pour le second. Donc, le départ des facteurs est repoussé en moyenne de trois quarts d'heure. Et comme les tournées sont redécoupées, l'usager, a en bout de course, son courrier beaucoup plus tard. Il n'est pas rare de voir le courrier acheminé à J + 3 alors que la Poste promet de le faire normalement à J + 1. C'est là que le centre de tri de Laon avait toute son utilité pour la qualité de service. Il y a une semaine, ils étaient encore en période de test des machines ! », souligne Dominique H, secrétaire départemental de la CGT à la Poste. »

 

 

Publié dans Service public

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