Prémices des effets néfastes de la libéralisation en Espagne

Publié le par CGT Poste Villeurbanne CDIS


Sources :  

Contre Info
El Pais pour les hispanophones



«Poste Espagnole : les protestations font reculer les projets de suppression de distribution de courrier
 
La suppression des distributions de courrier en zones rurales, motivée par la déréglementation des services publics, a soulevé un tollé en Espagne. Devant l’ampleur des protestations, la Poste est revenue sur son projet. Pour le moment. 

 
La Poste espagnole maintiendra la distribution du courrier à domicile dans les villages galiciens.
L’entreprise s’engage, suite aux protestations des partis et des syndicats, à ne pas supprimer dans l’immédiat la distribution porte à porte.

Sonia Vizoso, El País, 25 janvier 2008
La Poste s’est engagée aujourd’hui à ne pas appliquer en Galice le décret permettant à l’entreprise publique de cesser la distribution des lettres de maison en maison dans les villages disséminés, habitat très fréquent dans cette communauté autonome. Après la polémique provoquée par le projet, qui a suscité le rejet de celui-ci par les partis politiques et les syndicats, le président de l’entreprise, José Damián Santiago, a affirmé que le service de distribution du courrier sera « à l’avenir identique » à l’actuel, c’est-à-dire, avec remise du courrier à domicile.

Une porte parole de la Poste a assuré que les paroles de Santiago constituent un engagement de la direction de l’entreprise d’Etat. La représentante de la compagnie a admis pourtant qu’une étude est en cours pour déterminer le nombre de maisons satisfaisant aux conditions fixées dans le décret et permettant ainsi de suspendre la remise à domicile du courrier et de la remplacer par le dépôt de celui-ci dans des boîtes aux lettres collectives. Elle a cependant ajouté que l’équipe dirigeante de la Poste ne retirera ce service à aucun de ces logements.

Le décret approuvé en avril autorise la Poste à supprimer la distribution des lettres à domicile dans « des logements isolés ou situés dans des environnements qualifiés de disséminés » et se trouvant à plus de 250 mètres de la voie publique habituellement utilisée par tout service public ». Les partis politiques et les syndicats considèrent que cette mesure de non distribution à domicile toucherait des milliers de maisons galiciennes et supposerait une grave diminution des effectifs de facteurs ruraux. La centrale syndicale nationaliste CIG a annoncé des mobilisations de protestation.


Les facteurs créent une plateforme d’action pour sauver la distribution du courrier dans les zones rurales
Sonia Vizoso, El País, 25 janvier 2008 

poste-espagnole-copie-1.jpgLes projets de la Poste d’en finir avec le service universel de distribution à domicile des lettres ont déjà provoqué les premières manifestations de rejet. Le PSOE [Parti Socialiste Ouvrier Espagnol, au pouvoir à Madrid et dans la communauté autonome de Galice], le BNG [Bloque Nacionalista galego, autonomistes participant en coalition avec les socialistes au gouvernement autonome de Galice] et le PP [Partido Popular, droite conservatrice, principale opposition au PSOE] se sont prononcés contre la mesure et la CIG [Confederación Intersindical Galega, syndicat galicien de l’Administration Publique] va créer une plateforme citoyenne, ouverte aux autres syndicats, partis et associations d’habitants, pour essayer de freiner la suppression du service dans les villages les plus dispersés.

Au moment où la centrale nationaliste annonçait un rassemblement de protestation pour le 14 février à Santiago [de Compostelle], le président de la Xunta [gouvernement de la communauté autonome de Galice], Emilio Pérez Touriño, reconnaissait « être inquiet » des conséquences du nouveau décret en Galice, la communauté comptant la population la plus disséminée d’Espagne. Le dirigeant socialiste estime que la directive, approuvée par le Ministère du Développement en avril et établissant les zones où la distribution à domicile du courrier pourra être supprimée, est une « erreur ».

Le président s’est engagé à étudier la mise en place de mesures permettant d’éviter que le décret ne pénalise gravement les habitants des zones rurales. Touriño a mis en parallèle cette suppression de la remise du courrier à domicile avec la suppression du tarif de nuit de l’électricité car, a-t-il ajouté, l’une comme l’autre « ne présentent pas d’intérêt » en Galice. Le vice président de la Xunta, le nationaliste Anxo Quintana, a assuré que le BNG se battra pour que la Poste reste un service public qui « couvre tout le territoire ». « Tout ceci, ajoute Quintana, est la démonstration parfaite qu’une politique menée depuis Madrid, sans tenir compte de la spécificité de la Galice, peut avoir des résultats néfastes ».
Le PP se retrouve à l’unisson du PSOE et du BNG à propos des graves préjudices que la mesure impulsée par le Gouvernement central [celui du socialiste Zapatero] aura en Galice, mais il rend responsables les forces du « bipartito » [coalition des socialistes galiciens avec les nationalistes du BNG] du problème qui menace des centaines de villages. Le dirigeant des « populaires » [membres du Parti Populaire], Alberto Núñez Feijóo, demande à Touriño « s’il pense faire quelque chose, hormis agir comme une reine mère » et lui rappelle qu’il « appartient au parti socialiste espagnol, non à celui de l’Alsace ». Sur la responsabilité du BNG, Feijóo souligne qu’il a été la seule force nationaliste à appuyer la ministre du Développement, ayant compétence en matière de courrier, pour la sauver de la réprobation au Congrès des députés.

D’après les représentants des travailleurs, le changement, qui obligera les occupants desundefined maisons isolées à se déplacer jusqu’aux boîtes aux lettres collectives pour récupérer leur courrier quotidien, supprimera l’emploi de 400 des 1200 facteurs ruraux qui exercent dans le pays, soit la moitié des effectifs de toute l’Espagne. « L’objectif, selon l’analyse de Xosé Blanco, le responsable de la Poste pour la CIG, c’est de réduire les coûts et de présenter l’entreprise sous ses plus beaux atours au capital avec, en ligne de mire, sa privatisation ». Blanco pense même que cette mesure peut être inconstitutionnelle, car elle crée une « discrimination » entre les habitants des zones rurales et ceux des zones urbaines, au détriment des premières.

La CIG a engagé des contacts avec les groupes représentés dans les municipalités et avec les associations d’habitants, dans sa recherche d’appuis pour tenter d’amoindrir l’impact que risque d’avoir ce changement dans le service postal en Galice. Le secrétaire général du syndicat, Suso Seixo, qualifie la mesure de « véritable aberration » et réclame le transfert des compétences en matière de courrier à la Xunta afin qu’elle implante une distribution adaptée à l’orographie et à la dispersion de l’habitat du pays [c’est-à-dire du pays galicien]. Le décret approuvé par le Ministère du Développement en avril met fin à l’obligation de la Poste de distribuer les lettres à domicile cinq jours par semaine.

La nouvelle directive permet de supprimer ce service à domicile dans des zones désignées comme « environnements spéciaux ». L’entreprise d’Etat peut qualifier ainsi les habitations situées à plus de 250 mètres de la voie publique habituellement utilisée par les services publics, mais aussi des noyaux d’habitations comprenant moins de 25 habitants à l’hectare ou encore des marchés, des centres commerciaux, des lotissements ou des zones industrielles. Les habitants de ces espaces devront récupérer leurs lettres dans des boîtes aux lettres collectives qu’ils partageront avec les occupants des maisons de leur environnement et qui seront situées dans un lieu passant.

La CIG estime que ces boîtes portent atteinte à la Loi de Protection des Données car elles mettent à portée du premier venu les données personnelles des citoyens. La Poste, quant à elle, soutient que la conception de ces boîtes protégera cette confidentialité.
L’entreprise publique entreprend actuellement une étude délimitant les zones de la Galice relevant des « environnements spéciaux » et, par conséquent, ne pouvant plus recevoir le courrier à domicile. La Poste dit ignorer le nombre d’habitations qui seront touchées par cette mesure, même si, d’après le recensement de 2001, le nombre de galiciens résidant dans des noyaux disséminés s’élève à 445 000. »


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