Statut de La Poste: la bataille commence

Publié le par CGT Poste Villeurbanne PPDC



Source : France 2, France 24




« Statut de La Poste: la bataille commence

 

 

 

Depuis l'annonce de l'ouverture du capital de La Poste en 2011, salariés, syndicats et usagers organisent la riposte

Le président de La Poste, Jean-Paul Bailly, a choisi l'été pour réveler ses intentions:l'établissement public deviendrait une société anonyme dès janvier 2010 et une ouverture de capital serait envisagée l'année suivante afin d'affronter à armes égales la libéralisation totale du marché postal européen. Une annonce qui a mis les syndicats en furie.

 

  

A l'origine, une directive européenne   

 

La perspective d'un changement de statut de La Poste est rendue possible par la transposition en droit français d'une directive européenne. Ce texte appelé "la troisième directive postale" concerne "l'achèvement du marché intérieur européen des services postaux". Elle fixe au 1er janvier 2011, au plus tard, l'ouverture totale du marché de la poste.

"Ce texte, est-il précisé, ne remet pas en cause le champ et les obligations du service universel avec une levée et une distribution tous les jours ouvrables et pas moins de cinq jours par semaine sur tout le territoire et à un prix abordable".

 

Ces garanties pourtant ne suffisent pas à apaiser les esprits. Selon les syndicats, elles sont même en contradiction avec la posssibilité de transformer La Poste en Société anonyme (SA) puisque celle-ci pourrait être vendue, même si ce n'est que partiellement, à des actionnaires privés qui réclameront des dividendes. Que deviendrait alors la pérennité des missions de service public de leur entreprise ? Bruxelles n'impose d'ailleurs pas de privatiser tout ou partie des opérateurs mais il paraît aussi évident que l'Etat, qui resterait majoritaire dans le nouveau dispositif, n'a pas les moyens d'investir davantage.

 

La Poste, premier service public de proximité en France, est l'une des dernières postes publiques en Europe. Le groupe a enregistré des résultats en baisse au premier semestre 2008 "dans une conjoncture économique plus difficile". Pour se maintenir et se frotter à ses concurrents, l'entreprise doit trouver de l'argent. Les syndicats en conviennent mais s'opposent au choix du PDG, Jean-Paul Bailly qui, dès juillet, évoquait un besoin de trois millions d'euros minimum pour "ne pas prendre le risque de sortir du club des grands européens".

 

 

  

Nicolas Sarkozy crée une commission   

 

Sentant le sujet de plus en plus explosif, le chef de l'Etat a tenu à montrer qu'il s'impliquait dans ce dossier sensible. Le 17 septembre, il a donc créé une commission sur l'avenir de La Poste qui devra rendre un rapport le 30 novembre prochain. Sa tâche, selon l'Elysée: "évaluer l'impact sur La Poste du contexte concurrentiel propre à chacun de ses métiers en France et en Europe", et "identifier ses forces et faiblesses", dans la perspective de l'ouverture  complète à la concurrence au 1er janvier 2011.

 

Elle devra "veiller au maintien des droits et des statuts des personnels de l'entreprise et conforter les missions de service public de La Poste", notamment le service universel du courrier et du colis, a précisé l'Elysée.

 

Cette dernière affirmation, censée calmer les inquiétudes des postiers, les a laissés sceptiques. Encore difficilement revenus de l'annonce du changement de statut de leur entreprise dont il n'avait pas été question lors de la campagne présidentielle, les syndicats unanimes considèrent qu'une commission n'est pas un débat public et réclament depuis un référendum sur le devenir de leur groupe.

 

Le degré de la mobilisation des postiers, soutenue par cinq syndicats sur six (CGT, SUD, CFDT, CFTC et FO), sera à coup sûr minutieusement mesuré par le président de la République et le gouvernement qui savent combien, dans ce domaine, ils marchent sur des oeufs.

 

 

  

Le changement de statut et ses conséquences   

 

Pour les salariés

A la lumière des précédents dossiers, France Télécom, EDF et GDF, les postiers ne se font guère fait d'illusions lors de l'annonce par leur PDG de l'ouverture du capital de La Poste. A leurs yeux, l'histoire semble déjà écrite : passage au statut de société anonyme, nouveaux actionnaires, introduction en Bourse, privatisation ... avec des conséquences déjà vécues par d'autres.

 

Pas étonnant donc que les syndicats expriment en premier lieu leurs craintes pour l'emploi, redoutant des "dégraissages massifs" dans le cadre d'une ouverture de capital. En dépit des premières déclarations de M. Bailly assurant que rien ne changera pour les fonctionnaires (60 % de l'effectif), ceux-ci peinent à comprendre comment le statut de société anonyme (SA) se combinera avec le leur. Parmi les 280.000 salariés que compte La Poste, 40% relevent du droit privé et figurent comme les premiers visés par des éventuels licenciements.

 

Pour les usagers

- La distribution du courrier passerait de 6 à 5 jours

La France est l'un des rares pays en Europe où la distribution du courrier se fait encore 6 jours sur 7. La norme aujourd'hui en Europe est de 5 jours sur 7. Une harmonisation est donc envisageable.

 

- Le prix du timbre et des envois serait calculé en fonction de la distance parcourue par le pli

Pour faire un trajet Paris/Banlieue, ou Lille/Perpignan, l'usager paye toujours 0,55 euro pour une lettre de moins de 20 grammes alors que les coûts ne sont pas du tout les mêmes.

 

- Fermeture de bureaux de Poste

Aujourd'hui, on compte près de 12 000 bureaux de Poste, dont près de la moitié sont en déficit. Une partie pourrait donc fermer.

 

- Une réorganisation du travail pour moins d'attente au guichet [on peut en douter, être à flux tendu pourrait encore paraître "plus rentable"]

A défaut d'une baisse des effectifs, les nouveaux investisseurs pourraient demander une réorganisation du travail des postiers, pour une plus grande efficacité et moins d'attente au guichet.

 

 

  

Un attachement sentimental   

 

Six Français sur dix disent ne pas être favorables à un changement de statut de La Poste, selon un sondage CSA publié par l'Humanité mardi 23 septembre. Selon cette enquête, 61% des personnes interrogées se déclarent "pas favorable" au changement de statut (21% plutôt pas et 40% pas du tout - sondage aréalisé par téléphone les 17 et 18 septembre auprès d'un  échantillon représentatif de 853 personnes âgées de 18 ans et plus constitué  d'après la méthode des quotas).

 

Ces chiffres sont révélateurs de l'attachement qu'éprouvent les Français pour la Poste, ses facteurs, ses camionnettes jaunes, autant de symboles du lien social, autant d'images rassurantes et nostalgiques d'une France protectrice. Les élus locaux sont d'ailleurs souvent en première ligne pour défendre les rares bureaux de poste encore ouverts en zone rurale.

 

A Paris mardi 23, les communistes ont lancé sur le marché Davout (XXe) une opération de "10 jours de mobilisation  parisienne contre la privatisation de la Poste". Dans un communiqué, le groupe communiste au Conseil de Paris a indiqué que cette opération, étendue à toute la capitale, consistera à "mettre à disposition du public 100 boîtes aux lettres aux couleurs de la Poste dans 100  points de rencontre à Paris".

"Les Parisiens seront invités à adresser au Président de la République 10.000 lettres de protestation pour dire Non à la privatisation de la Poste,  et lui rappeler l'attachement des Parisiens au service public postal", ajoute le texte.

  

Quant à la pétition "Touche pas à ma poste" lancée il y a un mois sur Internet par la CGT, elle aurait recueilli 150.000signatures au 23 septembre.

 

 

  

L'exemple de la poste allemande 


Dix ans après sa privatisation, les bénéfices de la Deutsche Post, leader mondial de la logistique, se comptent en milliards. Malgré l’ouverture à la concurrence, 90% de la distribution de courrier en Allemagne passe encore par ses services. Non sans des diminutions drastiques d’effectifs et l’abandon des activités peu rentables.

 

Ainsi, les 13.000 vieux bureaux de poste jaunes sont appelés à disparaître définitivement d'ici à 2011. Motif : trop coûteux en personnel. L'épicerie ou le tabac du coin font très bien l'affaire. Une tendance déjà suivie en France depuis quelques années dans les communes rurales.

 

Anticipant l'ouverture à la concurrence de 2011, le groupe de la Deutsche Post a été l'un des premiers à s'engager dans une privatisation progressive de ses activités. Il a investi massivement dans la logistique en rachetant successivement plusieurs entreprises du secteur dont le géant américain, DHL.

 

Son activité courrier, moins intéressante financièrement, ne représente plus que 20% de son chiffre d'affaires et ses effectifs ont été divisés par deux en dix ans. »


 


 

Les enjeux de cette journée en images :


 





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Publié dans Service public

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