Un documentaire sur l'évolution de la Poste ce soir sur France 5

France 5 rediffuse un excellent documentaire sur l’évolution de la Poste : La Poste, un drôle de pli, de Marie-Pierre Jaury (série de Gilles Balbastre).
Résumé Télérama :
Dans les bureaux de La Poste, on ne trouve plus d'usagers. Les guichetiers servent des « clients ». Un détail lexical symptomatique d'une transformation en profondeur de l'entreprise de service public. Car ouverture du marché européen oblige, La Poste se libéralise... Comme elle, EDF est désormais une entreprise comme une autre, oeuvrant dans un secteur ouvert à la concurrence. Et tant pis si les exemples étrangers (Etats-Unis, Italie, Danemark) nous ont montré que ce modèle pouvait conduire au pire (hausse des tarifs, gigantesques pannes d'électricité)...
FRANCE 5 MARDI 11 NOVEMBRE 2008 DE 20H35 À 21H40 (65')
Pour les plus pressés voir ici...
[MAJ du 12/11/08] :
Source : Le Monde
« Nostalgie pour La Poste
Les usagers sont devenus des clients. Le guichetier s'est transformé en vendeur de produits commerciaux. Des succédanés de bureaux se sont installés dans les endroits les plus improbables au beau milieu du désert rural français. La Poste n'est déjà plus tout à fait ce qu'elle était et le sera encore bien moins dans les années qui viennent.
Un documentaire ouvertement nostalgique et discrètement insolent de Marie-Pierre Jaury racontait tout cela, mardi 11 novembre, sur France 5. Le bureau endormi, au centre du bourg, avec son parquet qui craque, où même les mouches semblent d'époque, est destiné à disparaître. L'ouverture complète du marché postal à la concurrence est prévue en 2009 [Petite erreur du journaliste qui a repris l’info dans le reportage qui date de 2006. Depuis l'ouverture totale a été reportée au 1er janvier 2011]. A cette date, n'importe quel opérateur privé pourra collecter ou distribuer du courrier en France. C'était déjà le cas pour les colis ou les plis volumineux.
La mission de Jean-Paul Bailly, président de La Poste depuis 2002, est de réformer l'institution, désormais appelée entreprise, pour la préparer à la perte de son dernier monopole. On entendait beaucoup l'intéressé et quelques-uns de ses lieutenants, vanter les mérites de cette métamorphose. C'est un discours extrêmement bien rodé. A l'évidence, les communicants sont passés par là.
Les valeurs traditionnelles, telles que la confidentialité, seront respectées. On ne voit pas très bien comment cela sera possible lorsque le bureau de poste sera installé dans un supermarché. L'accès à tous ? Il sera maintenu, lui aussi ! Il faudra bien fermer, ici ou là, quelques-uns des 17 000 bureaux de poste existants. Mais cela ne changera rien, promis, juré. On en créera d'autres ailleurs.
Et puis les besoins ont évolué. On n'est plus au temps de Louis XI ! Les postiers interrogés paraissaient plus dubitatifs. Voilà des années qu'on leur apprend à accueillir leurs "clients", à leur sourire et à leur proposer des produits, notamment financiers, dont ils n'avaient jamais entendu parler auparavant, eux qui avaient plutôt l'habitude du Livret A, de l'envoi en recommandé ou de la carte de voeux pour Noël avec un sapin sous la neige.
C'est ainsi qu'ils ont vendu à des grands-mères qui leur faisaient confiance des placements plutôt olé olé en Bourse, présentés comme absolument sans danger, qui se sont effondrés comme on sait. Ils sont assez mal à l'aise pour parler de cet épisode. Pendant qu'on voyait le président de La Poste inaugurer un nouveau bureau high-tech muni du dernier cri informatique, d'une borne Wi-Fi et d'un distributeur de boissons, deux inscriptions apparaissaient en surimpression sur l'écran : "Depuis 2001, le recrutement de fonctionnaires a disparu. Le concours de postier n'existe plus" et "En 2005, près de 10 000 emplois ont été supprimés". De la nostalgie ? Et comment ! »
On passera, dans l'émission diffusée hier sur France 5, sur l'objectivité de la "déclaration d'amour" envers Jean Paul Bailly de la part de Jean Hervé Lorenzi (interviewé par la journaliste de France 5, après le documentaire, au sujet du projet d'ouverture du capital), conseiller du directoire de la Compagnie financière Edmond de Rotschild : en effet la banque d'affaires Rotschild a fait partie des conseillers discrets de la Poste, lorsque celle ci élaborait en catimini le projet d'ouverture du capital avant que l'info ne soit débusquée par Le Monde (souvenez vous). S'il est bien dans le droit de ce monsieur, au demeurant charmant, de s'exprimer sur le sujet, il est bon de noter qu'il peut y avoir une part de subjectivité. Anecdotiquement, Jean Hervé Lorenzi et Jean Paul Bailly se sont croisés au moins une fois sur le plateau de LCI, dans l'émission Le Club de l'économie.