Facteurs allemands au rabais
La libéralisation totale des services postaux va accentuer le dumping salarial alors que monte le débat autour de l’instauration d’un salaire minimum.
"Berlin, correspondance particulière.
Bientôt le facteur en vélo jaune de la Deutsche Post, la poste allemande, ne devrait plus être qu’un souvenir. Le personnel en vert de la société PIN, les employés en orange de la TNT ainsi que ceux d’autres entreprises concurrentes se succéderont devant les boîtes aux lettres. Les Allemands pourront déposer leur courrier à la station-service comme au kiosque voisins. En revanche le prix du timbre, lui, devrait augmenter. Et, en rase campagne, la distribution du courrier risque de devenir plus aléatoire. Rentabilité oblige.

C’est que l’Allemagne se veut « avant-gardiste » dans la libéralisation du secteur postal, allant jusqu’à anticiper les décisions de la Commission européenne. Déjà en 1998, la loi fédérale régulant le marché postal permettait l’instauration de la concurrence d’abord dans la distribution de paquets, de la presse et de la publicité puis du courrier international et des lettres d’un certain poids. Seule la distribution du « petit courrier » - lettres de moins de 50 grammes - est encore un brin régulée et octroyée encore à 90 % à la Deutsche Post. Mais, le 1er janvier prochain, ce dernier secteur devrait lui aussi être abandonné à la concurrence, un an avant la date fixée par la Commission européenne.
La Deutsche Post s’est certes engagée à distribuer le « petit courrier » au moins cinq fois par semaine dans les coins les plus reculés de la République fédérale. Mais, comme le rappelle Andrea Kocsis, vice-présidente de Verdi, le syndicat des services, la question des subventions pour assurer la distribution du courrier dans les régions les moins peuplées de l’Allemagne reste sans réponse. Résultat, en cas de difficultés financières, la direction de la Deutsche Post pourrait être tentée de revoir les rémunérations de ses employés à la baisse.
Cette question est d’autant plus âprement discutée qu’elle interfère avec un débat sur le bien-fondé ou non de l’introduction d’un salaire minimum légal dans un pays qui en est aujourd’hui dépourvu. Die Linke (le parti de gauche) en a fait l’un de ces principaux axes de bataille et de nombreux sociaux-démocrates, inquiets du discrédit de leur parti qui gouverne avec Angela Merkel, aimeraient bien donner des signes forts sur ce sujet, à un moment où le manque de pouvoir d’achat est devenu aussi outre-Rhin le sujet de préoccupation numéro 1.
En janvier 2007, une étude d’Input Consulting sur les conditions de travail dans la distribution du courrier mettait déjà en évidence les différences de rémunérations entre les préposés à la Deutsche Post (autour de 10 euros/heure) et les employés des entreprises privées concurrentes (autour de 6 euros/heure). Le patron de la Deutsche Post, Klaus Zumwinkel, pointe lui-même l’absence de législation sur le salaire minimum pour s’interroger : « Le problème c’est que plus de 60 % des employés de nos concurrents touchent des salaires de misère. Comment voulez-vous éviter la précarisation de la branche sans régulation du marché ? »
Plus de 2 000 entreprises auraient déjà demandé une licence pour distribuer le « petit courrier » à partir du 1er janvier 2008. Et, selon Robert Pinkus, membre de Verdi travaillant dans la société PIN à Berlin, les employés en CDD (70 %) seraient « plus que jamais sous pression ».
Charlotte Noblet"
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[MAJ du 6/12/07] : Un accord salarial a finalement été trouvé à la poste allemande fixant un salaire minimum entre 8 et 9,80 € par heure dans les secteurs s'occupant de la livraison du courrier. Les effets n'ont pas tardé à se faire sentir :
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Les Pays-Bas repoussent la libéralisation totale de la poste
06/12/2007 16:00
Inquiet de l'accord salarial dans la poste allemande, La Haye a décidé de repousser l'ouverture à la concurrence totale de la poste néerlandaise, initialement prévue pour début 2008, et indiqué jeudi qu'une décision serait prise dans la première moitié de 2008.
La semaine dernière, le parlement allemand a voté l'octroi obligatoire d'un salaire minimum compris entre 8 et 9,80 euros de l'heure pour les facteurs à partir du 1er janvier.
Pour les concurrents de la poste semi-publique Deutsche Post, qui versent des salaires bien moins élevés, cette mesure revient de facto à "préserver le monopole" de la société historique après la libéralisation totale au 1er janvier 2008 du marché postal allemand."
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En traduction de la dernière phrase de cet article, comprenez ceci : l'ouverture totale du marché, comme toujours prévue par les directives européennes, doit entraîner un dumping salarial ! Qu'un salaire minimum entre 8 et 9,80 euros de l'heure (ce qui reste d'ailleurs un salaire très bas ! ) puisse mettre à mal la sacro sainte libéralisation du secteur est un signe fort : celle ci, si elle s'applique en France comme ailleurs (rappelez vous en Grande-Bretagne), tirera les salaires de tout le secteur vers le bas, en plus d'agraver nos conditions de travail : UNE RAISON DE PLUS POUR S'Y OPPOSER.