Privatisation de la Poste : revue de presse de ces derniers jours
Vu dans la presse (sources : AFP, Challenges, Libération, Le JDD) :
« La Poste dévoile son projet de changement de statut
Le président de La Poste, Jean-Paul Bailly, a levé le voile jeudi sur le projet de changement de statut de l'établissement public, qui devrait devenir une société anonyme dès janvier 2010 avec ouverture de son capital un an plus tard.
"Si le projet est bien inscrit dans la transposition en droit français de la troisième directive européenne postale de 2009, alors le changement de statut pourra être effectif en janvier 2010" et "l'augmentation de capital pourrait intervenir en janvier 2011", a expliqué M. Bailly lors d'une conférence de presse.
Concernant l'ouverture de 10% à 20% du capital, précédemment évoquée, M. Bailly a estimé qu'il était "prématuré" de calculer une valorisation du groupe et donc d'évaluer la part du capital qui sera mise en Bourse.
L'argent levé irait par conséquent dans les caisses de La Poste pour financer sa croissance, et non dans celles de l'Etat actionnaire.
[…]
Trouble.
Si officiellement rien n’est décidé, Bailly a semé le trouble à la fin de sa conférence de presse, hier, lorsqu’il a détaillé le calendrier de la réforme. Preuve que le projet est plus avancé qu’il ne le dit. «Le changement de statut pourra être effectif en janvier 2010» et «l’augmentation de capital pourrait intervenir en janvier 2011». Ce qui est pour le moins précis. Pour Jean-François D., secrétaire fédéral de la CGT-FATP, «on ne peut pas croire que la direction travaille seule dans son coin sur le devenir d’un service public aussi fondamental que la Poste». Pour lui, Jean-Paul Bailly s’exprime «forcément avec l’accord du gouvernement». Selon la CGT, le président de l’entreprise monte seul en première ligne pour «tester les réactions à l’intérieur de l’établissement, mais aussi dans l’opinion et parmi les élus locaux très attachés à la présence de la Poste dans les territoires».
Bailly sait qu’il joue une partie très serrée à l’intérieur de l’entreprise. Dès ce matin, il doit recevoir pendant plus de deux heures les organisations syndicales. Hier, lors de sa conférence de presse, il a tenté de rassurer le personnel (280 000 personnes) en donnant plusieurs «garanties» : le statut des postiers «restera inchangé», et la Poste continuera à exercer «ses missions de service public» inscrites dans la loi. Enfin, «l’Etat gardera dans l’entreprise la majorité» du capital.
Cette dernière affirmation ne convainc pas vraiment les postiers. Les anciens ont vécu de près la privatisation rampante de France Télécom, l’ex-sœur jumelle de la Poste, dans laquelle l’Etat avait pourtant promis de rester majoritaire. Concernant la Poste, Jean-Paul Bailly juge nécessaire une ouverture du capital de 2,5 à 3,5 milliards d’euros. Mais il a refusé de préciser quel pourcentage cela représenterait. Parmi les actionnaires éventuels, il a cité la Caisse des dépôts. Ce qui aurait pour mérite de garantir un maintien de la Poste dans la sphère publique. Mais cette solution ne semble pas avoir la préférence de Bailly, qui prend le prétexte - sans convaincre - de règles imposées par Bruxelles.
«Manœuvres». Jean-Paul Bailly semble pencher pour un recours à l’«épargne populaire». C’est-à-dire à la Bourse. Ce qui alimente les craintes d’une privatisation par étapes. Selon lui, l’entreprise publique a absolument besoin «de moyens supplémentaires» pour «réaliser des acquisitions», «trouver des possibilités de partenariat» et pour se développer dans ses métiers, à l’image de ses concurrents. «Les grandes manœuvres ont déjà commencé, et il est invraisemblable que la Poste ne fasse pas partie du mouvement», a-t-il souligné.
Pour convaincre, il n’a pas hésité à forcer le trait et à présenter la Poste comme une entreprise entravée dans son développement par son statut actuel. Or elle fait partie des leaders européens dans son secteur. Mais, pour Bailly, l’entreprise «ne peut pas prendre le risque de sortir du club des grands européens» en refusant d’évoluer. Preuve qu’elle ne se porte pas si mal, la Poste a réalisé au premier semestre un bénéfice net de 481 millions d’euros.
[…]
Côté stratégie, Jean-Paul Bailly évoque à l’unisson de Bercy les besoins de financement de son développement et de marge de manœuvre financière en matière de croissance externe. L’objectif ? Conserver une position de leader européen tout en restant un "groupe de services de services de proximité", multi-métiers, multi-canal, multiservices [ ?]
Les syndicats, vivement opposés au projet dévoilé début juillet, ont immédiatement réagi.
Pour Sud-PTT, "cette ‘société anonyme publique’ n'est qu'un artifice destiné à donner le change et prêt à évoluer à tout moment comme France Télécom dont les dérives managériales ont coûté quelques milliards à la collectivité".
"La partie s'engage", a estimé de son côté Didier R., administrateur FO, rappelant que son syndicat avait proposé un référendum sur le sujet.
Les organisations syndicales voient dans ce projet une "privatisation", synonyme à leurs yeux d'une dégradation du service aux usagers et de l'emploi des 280.000 postiers, dont 60% de fonctionnaires.
Lors de la présentation du contrat de plan fin juillet, Christine Lagarde insistait déjà sur la volonté de préserver le service public, comme le statut d’entreprise publique de La Poste.
Pourtant, les syndicats ont des raisons d’être inquiets. Car il n’existe pas de précédent de privatisation partielle. Air France et France Telecom, positionnées sur des marchés, certes, beaucoup plus concurrentiels sont largement sorties du giron de l’Etat.
Selon une déclaration faite par la CGT, vendredi 29 août, toutes les organisations syndicales de La Poste se sont opposées à sa transformation en société anonyme, lors de la commission d'échange stratégique qui s'est tenue dans la journée avec la direction.
Selon Jean-François D., secrétaire général adjoint de la fédération CGT-Poste, Jean-Paul Bailly, le président de La Poste, "a réussi à faire l'unanimité contre lui".
La CFE-CGC a par ailleurs décidé de se joindre aux cinq syndicats qui ont prévu de se retrouver mardi pour organiser une prochaine journée d'action nationale contre le changement de statut.
Jeudi, Sud-PTT a réitéré ses craintes, arguant que les résultats positifs de la Poste pour le 1er semestre 2008 ne justifient pas la volonté de la direction d'ouvrir le capital. Les résultats du premier semestre présentés jeudi au conseil d'administration, avec un résultat net d'un peu plus de 480 millions d'euros, "sont en retrait par rapport à ceux du premier semestre 2007", mais "restent toutefois nettement excédentaires", remarque Sud-PTT. Le syndicat regrette par ailleurs "une nouvelle saignée dans l'emploi", avec plus de 5.800 emplois "détruits". »
Sur France 3 (notez le petit rictus de la présentatrice,qui sait bien ce qu'est un service public en danger, à la fin du reportage) :
Voir également la déclaration de la CGT à la Commission d'Echanges Stratégiques de La Poste du 29 août 2008 (format PDF)
Voir également l'action menée le 28 août 2008 par la CGT FAPT lors de la présentation des objectifs de privatisation par J.P.Bailly aux cadres stratégiques de la Poste (format PDF)