Sarkozy annonce une commission sur l'avenir de la Poste
Vu dans la presse (sources : AFP, Libération, Nouvel Obs, Le Figaro, Le Point, Le JDD) :
« Statut de La Poste: Sarkozy met en en place une commission
Le président Nicolas Sarkozy a décidé de mettre en place une commission composée notamment d'élus et de représentants syndicaux à propos du changement de statut de La Poste, qui devra rendre un rapport pour le 30 novembre, a annoncé mercredi l'Elysée dans un communiqué.
Après le projet présenté fin août par son PDG Jean-Paul Bailly visant à transformer La Poste en société anonyme, "le président de la République a décidé d'engager un débat public sur ce projet, au sein d'une commission composée de parlementaires, d'élus locaux, de personnalités qualifiées ainsi que de représentants des organisations syndicales de La Poste et de l'Etat".
Elle sera chargée "d'évaluer l'impact sur La Poste du contexte concurrentiel propre à chacun de ses métiers en France et en Europe, et d'identifier ses forces et faiblesses" dans la perspective de l'ouverture complète à la concurrence au 1er janvier 2011.
Elle devra également "examiner le projet et les différentes options envisageables pour le développement de l'entreprise et les moyens qu'elles exigent".
"La Commission devra, dans tous les cas, veiller au maintien des droits et des statuts des personnels de l'entreprise et conforter les missions de service public de La Poste" et notamment le service universel du courrier et du colis, précise le communiqué.
La présidence de la Commission qui sera installée "dans les meilleurs délais" est confiée à l'ancien directeur général d'EDF François Ailleret.
Nicolas Sarkozy a réuni mercredi matin à ce sujet le Premier ministre François Fillon et les ministres Jean-Louis Borloo (Ecologie), Christine Lagarde (Economie), Luc Chatel (Industrie), Hubert Falco (Aménagement du territoire).
Les syndicats, qui dénoncent une "privatisation" de la Poste, avaient réclamé vendredi un "vrai débat public". Une grève unitaire est prévue le 23 septembre.
Le projet de changement de statut présenté par la direction prévoit que l'entreprise publique devienne une société anonyme dès janvier 2010 puis qu'elle ouvre son capital un an plus tard afin de lever des fonds.
Une fois le changement de statut effectif, le groupe peut, comme France Télécom et Gaz de France il y quelques années, ouvrir son capital pour obtenir de nouvelles ressources.
La direction a assuré que l'Etat resterait très largement majoritaire. Inscrites dans la loi, les missions de service public de La Poste interdisent à l'Etat de descendre en dessous de 50% du capital.
La direction du groupe estime avoir besoin de 2,5 à 3,5 milliards d'euros pour son développement pour faire face notamment à la libéralisation totale du courrier.
Compte tenu des différentes estimations d'analystes, qui valorisent La Poste à au moins 10 milliards d'euros, autour de 30% [cela a déjà augmenté, au départ, on parlait de 20% ! ] de son capital pourraient donc être ouverts.
Face aux inquiétudes des syndicats, l'Elysée précise que la commission Ailleret, dont le rapport est attendu pour le 30 novembre, "devra, dans tous les cas, veiller au maintien des droits et des statuts des personnels de l'entreprise et conforter les missions de service public de La Poste, à savoir le service universel du courrier et du colis, l'aménagement du territoire, le service public du transport et de la distribution de la presse, et l'accessibilité bancaire".
Réactions syndicales et politiques
Les syndicats de La Poste ont exprimé leur scepticisme après l'annonce aujourd'hui par l'Elysée de la création d'une commission sur le changement de statut de l'entreprise publique, regrettant l'absence d'usagers, mais y voyant un "encouragement" à la mobilisation.
"Le gouvernement et l'Elysée se montrent très prudents sur un dossier très sensible pour toute la société", a réagi à l'Associated Press Jean-François Dannely, porte-parole de la Fédération CGT des activités postales, majoritaire. Pour lui, la création de cette commission "confirme le besoin d'un grand débat public". La fédération syndicale y voit "la réponse apportée par l'Elysée au large rassemblement contre la privatisation et à l'exigence d'un vrai débat public" sur La Poste. Toutefois "le débat public ne peut se limiter aux travaux de cette commission", prévient-elle, souhaitant que les usagers puissent "faire valoir leurs besoins, leurs propositions et leurs avis".
La CGT appelle dès lors "à poursuivre et à amplifier la mobilisation des postiers, des usagers et des élus au travers de leurs exigences", soulignant avoir recueilli 133.588 signature sur sa pétition "Touche pas à ma poste".
Le syndicat Sud-PTT a déclaré voir dans cette décision "un formidable encouragement" pour la mobilisation contre une privatisation, prévue le 23 septembre. De son côté, le PCF prend bonne note de la décision de Nicolas Sarkozy "d'ouvrir le débat". En revanche, celui-ci "doit être plus large pour examiner avec les citoyens, localité par localité, département par département, les besoins pour développer et moderniser le service public postal".
Pour FO : "Pris de court par la montée en puissance de l'idée d'un débat public conduisant à un référendum sur l'avenir de La Poste, l'Exécutif sort la vieille recette de la commission ad hoc chargée de canaliser et de cantonner un mécontentement croissant. Le simple fait que cette commission doive rendre ses conclusions dans un délai de deux mois, limite déjà l'ambition de ses travaux.
Cette réaction défensive doit conforter les salariés à se mobiliser, notamment lors de la grève du 23 septembre. Elle encourage aussi ceux qui, de plus en plus nombreux, veulent engager un véritable débat public conduisant à un projet alternatif à celui des privatiseurs et soumis, le moment venu, au choix des citoyens par la voie d'un référendum.
Il n'est pas indifférent que l'Exécutif lance sa diversion à la veille de la conférence de presse qui confirmera l'élan du Comité national de mobilisation contre la privatisation, pour un débat public et un référendum sur le service public postal. Son action rappellera au Gouvernement qu'au-delà des réunions d'experts, ce sont les citoyens qui doivent avoir le dernier mot. "
De son côté, le PCF prend bonne note de la décision de Nicolas Sarkozy "d'ouvrir le débat". En revanche, celui-ci "doit être plus large pour examiner avec les citoyens, localité par localité, département par département, les besoins pour développer et moderniser le service public postal". Solidaire avec le mouvement du 23 septembre, le Parti communiste explique en outre que "la privatisation ne peut être ni un préalable, ni un objectif pour cette commission (...) Le refus de la privatisation est aujourd'hui majoritaire en France, comme l'est l'ambition de moderniser, démocratiser et développer La Poste en tant que service public."
Le président du conseil général du Pas-de-Calais, Dominique Dupilet ainsi que les 77 conseillers appellent les habitants du département à signer une pétition pour le maintien de la Poste en tant que service public (également disponible en mairie).
D.Dupilet, à travers une lettre envoyée à M.Sarkozy précise :
"Dans tous les pays où la poste a été privatisée, le nombre de bureaux de poste a considérablement diminué, la qualité du service postal s’est dégradé, les tarifs postaux ont augmenté. C’est demain ce qui nous attend si les Françaises et les Français n’expriment pas leur opposition à cette décision.
La Poste est un service public et doit le rester.
Le réseau postal est un élément essentiel de lien social, de qualité de vie et de développement économique.
La poste ne doit pas être sacrifiée sur la logique de rentabilité d’actionnaires privés, elle a été construite avec l’argent des citoyens français, elle appartient à la République." »
Voir à ce sujet le communiqué de la CGT Fapt
A lire également le contre-argumentaire de la CGT face aux affirmations de la propagande postale