Les mobilisations continuent pour défendre les bureaux de Poste
Source : La Dépêche
« Service Public. Cantepau (Tarn) dans la rue pour sa poste
Manifestation hier matin.
La foule applaudit Jean-Michel Q.. Juché sur une jardinière de la dalle Bonaparte, le président de l'Association des commerçants de Cantepau renvoie le compliment. « C'est vous qu'il faut applaudir d'être venus », lance-t-il à la centaine (selon ses chiffres) de manifestants réunis hier à midi devant le bureau de poste désormais fermé chaque lundi. Il « espère négocier avec la direction plus d'heures d'ouverture pour répondre aux besoins ». Président de l'Association de quartier, Émile B. demande « que la poste ouvre tous les jours. Ce n'est plus le cas que les mardis et jeudis. Les mercredis et vendredis, ce n'est plus que l'après-midi. Le samedi, c'est le matin. Difficile de s'y retrouver, surtout pour les personnes âgées. Les autres peuvent aller ailleurs. »
« Galoper à perpette »
Les anciens sont majoritaires dans l'assemblée. Appuyé sur sa canne, le doyen, 88 ans, n'a rien perdu de sa verdeur de langage. « Je ne veux pas qu'on nous envoie galoper à perpette. C'est de la bêtise ! Qu'on ne nous ferme pas la poste ! On en a trop besoin », gronde Jean S., retraité du BTP, qui connaît « comme sa peau Cantepau», où il habite depuis 1983.
Thierry Carcenac défend « le rôle social de la poste pour ces gens modestes ou âgés. La direction a attendu l'après-élection pour procéder à ces économies au détriment du service public. Cela tombe d'un coup. Il n'y a pas que dans les villages », dit le député (PS) et président du conseil général, également président départemental de la commission de présence postale et membre de l'Observatoire national qui se réunit jeudi. « C'est important pour les habitants et les commerces que la Poste reste ouverte », opine Christelle G., conseillère municipale d'Albi déléguée au commerce.
Maire PCF de Saint-Benoît-de-Carmaux, où « un rassemblement de la colère » est organisé chaque mercredi à 11 h 45 pour la même raison, Serge E. et son camarade Roland F. ont même fait une chanson et en esquissent une autre pour Albi : « Cantepau est dans la rue, sa poste n'est pas foutue ! »
« Cardaillac (Lot). Banque postale : le service public dans l'expectative
Comme dit la chanson : « comment peut-on imaginer….» la suppression du bureau de poste.
Et pourtant, c'est bien ce qui risque de se passer à court terme. En effet, si le service public est effectivement privatisé, cela engendrera inévitablement un certain nombre de changements : le prix du timbre en fonction des distances, la perte du courrier, de toute confidentialité de la correspondance, la limite pour les retraits ou les dépôts en espèces, tout sera basé sur la confiance du client. On peut imaginer dans un petit village, le désagrément des fuites résultant de la connaissance du courrier. Le maire et le conseil municipal en présence de M. D., directeur de La poste de Figeac, lors d'une réunion publique, où 80 personnes étaient présentes, ont essayé de présenter et d'expliquer le devenir du bureau de poste.
Trois solutions sont possibles : Le maintien du bureau de poste actuel mais avec une diminution de moitié des horaires d'ouverture passage de 8 heures à 4 heures par semaine. Motif invoqué : un nombre insuffisant d'opérations.
2e solution : Un contrat de 9 ans est signé avec la poste, la mairie crée un emploi avec 15 heures/semaine. 937 €/mois sont versés par la poste pour ce service. Service identique pour le courrier. Limitation à 300 € de retrait/semaine. 3e possibilité : le relais postal chez un commerçant du village. Service courrier à peu près identique, 150 €/semaine de retrait. Le commerçant perçoit un salaire de 300 €/mois + une commission sur les ventes.
De nombreuses questions ont été soulevées, auxquelles des réponses plus ou moins satisfaisantes ont été apportées.
Bien évidemment, la majorité des personnes présentes lors de cette réunion sont pour conserver un service public de qualité. »
« Najac (Aveyron). Poste: les élus veulent un moratoire
Le conseil municipal a voté à l'unanimité la motion suivante :
« Le 7 octobre 2008, le directeur d'établissement de la Poste signifiait par courrier à M. le maire les nouveaux horaires d'ouverture de la Poste de Najac qui se composaient ainsi : de 8 h 15 à12 h 15, du lundi au vendredi, et fermeture le samedi. Or, les horaires indiqués au public sont différents avec une durée d'ouverture bien inférieure (demi-heure d'ouverture de moins par jour). Donc, à compter du 1er décembre, les horaires d'ouverture du bureau de poste de Najac seront en fait de 8 h 45 à 12 h 15, du lundi au vendredi, fermé le samedi et tous les après-midi, au lieu des horaires actuels qui sont de 9 heures à12 h 30 et de 14 heures à 16 heures, du lundi au vendredi, et de 9 heures à 12 h 30 le samedi. Globalement, le bureau de poste de Najac se retrouve amputé de treize heures trente par semaine d'ouverture au public, soit 43 % en moins.
Quel crédit peut-on accorder aux informations données ainsi qu'à nos interlocuteurs qui ne respectent même pas leurs propres engagements ? Contrairement à ce que prévoit la charte des services publics en milieu rural du 23 juin 2006, ces modifications se sont faites arbitrairement sans concertation préalable.
Cette mesure réduira inéluctablement la fréquentation. Dans cette spirale de baisse de niveau de services programmée, rapidement nous serons confrontés à un nouveau problème bien plus grave. On nous signifiera que le guichet de Najac ne réalise plus une activité suffisante ; en conséquence, son maintien ne se justifierait plus. Nous sommes donc dans la menace de suppression du bureau de poste, ou il serait transformé en agence postale communale ou relais poste. C'est inacceptable, la commune ou collectivité ne sont pas en mesure de se substituer à l'état en prenant à leur charge les services publics, sauf en augmentant les impôts locaux.
S'il paraît évident que le service public ne peut fonctionner à perte, il est inconcevable de ne raisonner qu'en termes de profit ou de coût.
Nous, élus locaux, qui œuvrons chaque jour pour redynamiser le tissu économique, nous ne pouvons cautionner une telle politique qui hypothèque toute perspective de développement. Le conseil municipal de Najac, réuni jeudi 27 novembre, demande :
- Un moratoire sur toutes les modifications en cours ;
- Une réelle concertation objective des élus et usagers ;
- L'arrêt du désengagement de la Poste dans nos communes rurales ;
- Il rejette toutes les politiques libérales de ses dirigeants ainsi que toute forme de privatisation afin de maintenir le service public que les citoyens sont en droit d'attendre quel que soit leur lieu d'habitation. »
« Nicolas Sarkozy ne nous a pas rassurés »
Collectivités. Une centaine d'élus de Haute-Garonne présents au congrès des maires, ce week-end.
« L'État doit considérer les maires comme des partenaires, maillons essentiels de la République et non comme des exécutants. Il se trompe de priorités. Elles ne sont pas mises au bon endroit » martèle Jean-Louis P.. Tous ont écouté avec intérêt l'intervention du chef de l'État ; ils retiennent un point positif Nicolas Sarkozy s'est engagé à travailler sur l'aménagement du territoire en s'attachant à la ruralité. Par contre ajoute le président des maires de Haute Garonne, « il ne nous a pas convaincu sur le reversement de la taxe professionnelle aux communes et ne nous a pas rassurés sur la Poste ».