Réactions au sommet social du mercredi 18 février 2009

Pour être vraiment entendus
Amplifions la mobilisation
Déclaration de la CGT :
Au lendemain du sommet social du 18 février, la CGT reste plus que jamais convaincue de la nécessité de réussir une nouvelle mobilisation nationale interprofessionnelle unitaire de très grande ampleur le 19 mars prochain.
La réunion s’est ouverte dans un climat tendu du fait de la gravité de la situation en Guadeloupe. Appuyée par toutes les confédérations syndicales, la CGT a exigé que gouvernement et patronat assument leurs responsabilités et répondent sans tarder aux revendications exprimées fortement et démocratiquement depuis plus d’un mois. Si la force de la mobilisation du 29 janvier a contraint le Président de la République à de premières annonces sociales, elle n’a pas encore permis d’obtenir l’inflexion demandée sur les politiques d’emploi, de salaires, de contrôle des aides publiques et de justice sociale indispensables pour sortir de la crise. Le Président de la République persiste dans un discours d’autosatisfaction sur sa politique économique et sociale et refuse toute idée de remise à plat ou même de modification de ses choix économiques et sociaux. A partir de là, pressé par l’importance des mobilisations, il distille un certain nombre de mesures temporaires, émiettées et de faible portée qui relèvent plus d’un faible accompagnement social de la crise que d’une politique permettant de la surmonter.
L’amélioration de l’indemnisation du chômage partiel est renvoyée à des conventions qui devront être négociées au niveau des branches ou des entreprises.
Une prime de 500 euros sera versée aux nouveaux demandeurs d’emplois entrant au 1er avril ou au 1er mai et ayant travaillé entre 2 et 4 mois dans les 28 derniers mois. Elle ne sera versée qu’une seule fois ! Les jeunes de moins de 25 ans n’ayant jamais travaillé restent exclus de toute allocation ou indemnisation.
La suppression de 30 000 emplois dans la fonction publique en 2009 est confirmée interdisant l’embauche de milliers de jeunes dans de vrais emplois utiles à la population.
La suppression des deux derniers tiers provisionnels 2009 pour certains ménages, annoncée le 5 février est confirmée. Cela représente une moyenne de 200 euros pour les ménages concernés mais risque d’être plus que compensé par l’augmentation ou la création de taxes ou impôts indirects destinés à contrebalancer les 8 milliards d’euros d’exonérations annuelles de taxe professionnelle pour les entreprises.
Le Président de la République a aussi annoncé la création d’un « fonds d’investissement social » destiné à la mise en œuvre des dispositifs de formation et d’indemnisation annoncés. Mais les sources de financement de ce fonds restent floues tant du côté gouvernemental que patronal. Si, sur chaque sujet les débats ont été vifs, le Président de la République défendant pied à pied sa politique, ils l’ont été doublement sur la question décisive d’un nouveau partage des richesses. Face à l’indignation de l’opinion publique, le Président de la République ne peut plus nier la nécessité d’un autre partage des profits. Mais il en renvoie l’examen à une commission. Dans le même temps, il refuse toute mesure favorable aux salaires, telle que le conditionnement de toutes les aides publiques et allègements de cotisations sociales à la signature d’accords salariaux dans les entreprises, réclamé par toutes les organisations syndicales.
C’est pourtant plus que n’en peut supporter la Présidente du Medef qui voit dans le débat sur le partage des profits « une atteinte au droit de propriété des entreprises ». Une information consultation des CE est annoncée sur les aides publiques aux entreprises. C’est un début de réponse à l’indignation que suscitent les transferts massifs et sans contrôle d’argent public vers les entreprises. Il faut agir encore pour obtenir un véritable droit de veto des CE réclamé par la CGT.
A l’évidence, les nouvelles mesures dites « sociales » sont à mettre à l’actif de la puissante mobilisation du 29 janvier. Elles sont néanmoins d’un faible volume et n’auront pratiquement que peu d’impact pour favoriser une relance économique et une plus grande justice sociale.
La rencontre unitaire du lundi 23 février devra par conséquent préciser les modalités de la prochaine mobilisation du 19 mars sur laquelle s’est engagé l’ensemble des organisations syndicales.
Montreuil, le 19 février 2009
Une vidéo à voir sur le site de la CGT
Source : France 2
« Sommet social : "le compte n'y est pas"
Les mesures proposées mercredi par Nicolas Sarkozy ne sont pas suffisantes, ont déclaré les syndicats
Le président français a annoncé des mesures sociales d'un coût de 2,6 milliards d'euros pour l'Etat en faveur des ménages les plus modestes.
A la sortie de la table ronde organisée à l'Elysée, les syndicats ont précisé que la journée de grèves et de manifestations prévue le 19 mars aurait bien lieu.
"Face à la situation des salariés actuellement, les mesures gouvernementales annoncées sont insuffisantes", a dit à la presse le secrétaire général de la CFDT François Chérèque. "Comme l'action syndicale commence à payer, la CFDT estime qu'il faut continuer de faire pression sur le gouvernement et sur le patronat pour aller jusqu'à un vrai changement de cap", a-t-il ajouté
"C'est beaucoup trop court et il y a des oublis", a renchéri le secrétaire général de Force ouvrière, Jean-Claude Mailly. "Il faut maintenir la pression pour faire bouger les lignes", a-t-il ajouté, ce qui passe par "maintenir le 19 mars".
Le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, s'est lui aussi prononcé pour maintenir la journée d'action du 19 mars.
Les syndicats se retrouveront lundi pour analyser les mesures proposées par le chef de l'Etat.
La présidente du Medef, Laurence Parisot, s'est dite opposée, à l'issue de la réunion à l'Elysée entre les partenaires sociaux et le gouvernement, à des discussions "au niveau national" entre patronat et syndicat sur le partage de la valeur ajoutée des entreprises.
"Des discussions ont lieu chaque année dans l'entreprise. Chaque année, quand il y a une négociation salariale annuelle, et il y en a dans quasiment toutes les entreprises, on discute du partage de la valeur ajoutée. Mais il ne saurait y avoir de discussion avec les organisations syndicales sur le sujet au niveau nationale", a-t-elle estimé
L'avis des économistes
Les mesures sociales annoncées par le gouvernement vont "dans le bon sens", mais restent insuffisantes face à l'ampleur de la crise, jugent des économistes.
"Venir en aide aux personnes qui risquent de tomber dans la pauvreté est très important, mais il aurait fallu mettre dix fois plus sur la table", a réagi Eric Heyer de l'Obervatoire français des conjonctures économiques (OFCE), pour qui "le compte n'y est pas".
"On cible la demande et surtout les couches qui sont susceptibles de consommer, pas d'épargner; sur le principe, c'est bien", juge de son côté Philippe Aghion, professeur à Harvard. "Reste à savoir si les montants sont suffisants, or je crains qu'ils ne le soient pas".
Une analyse partagée par Laurence Boone, chef économiste chez Barclays Capital: "On n'est pas du tout dans une stratégie de relance à l'américaine avec un choc de demande fort". Pour l'économiste, "les idées ne sont pas mauvaises, mais la consommation française représente 75% du Produit intérieur brut (PIB), soit 1.500 milliards d'euros. Donc 2,6 milliards, c'est une goutte d'eau !"
Alors que la France, déjà ciblée par une procédure pour déficits excessifs de la Commission européenne, manque de marges de manoeuvre budgétaires, certains économistes suggèrent une remise en cause du "paquet fiscal" pour dégager des fonds.
"Revenons sur le bouclier fiscal et mettons entre parenthèses l'exonération des heures supplémentaires, peu utiles en période de ralentissement économique", suggère ainsi Eric Heyer, à l'image de ce que proposait la CFDT notamment.
Dans les annonces de mercredi, les économistes ne voient pas de changement de cap. Tout au plus "un ajustement", selon Philippe Aghion. "Si on additionne tout, les trois quarts des mesures restent centrées sur l'investissement" et les entreprises, relève Eric Heyer. "La ligne n'a pas changé, mais on pallie un peu plus aux problèmes des ménages", estime de son côté Laurence Boone.
"Il n'y a pas de retournement total, ce dont je me réjouis", souligne Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes, qui s'inquiète surtout de la compétitivité française et du chômage des jeunes, mais moins de la consommation. "Grâce au reflux de l'inflation et à l'ensemble des mesures annoncées, le pouvoir d'achat des Français devrait se maintenir", avance l'économiste. »