Les syndicats quittent la commission Ailleret sur La Poste
Sources : AFP, La Tribune, Challenges, Nouvel Obs
« La Poste : les syndicats quittent la commission Ailleret favorable à une ouverture du capital
Faute de consensus, les syndicats CGT, FO et CFTC de La Poste ont annoncé ce mercredi leur intention de quitter la commission Ailleret, qui s'est prononcée pour une transformation de l'entreprise publique en société anonyme (SA) qui déboucherait sur une ouverture du capital du groupe tout en écartant la piste de la privatisation.
Quel avenir pour La Poste? C'est justement ce qu'examine en ce moment la Commission Ailleret, chargée de plancher sur le développement du groupe public postal. Mais les dissensions au sein même de la Commission ont éclaté; les syndicats ayant annoncé ce mercredi leur intention de claquer la porte. "Nous allons quitter la commission car il n'y a aucun consensus dans le projet de rapport publié mardi", a déclaré à l'AFP (Agence France presse) Colette Duynslaeger, secrétaire générale de la CGT-FAPT, premier syndicat de La Poste.
Selon un projet de rapport dont les grandes lignes ont été dévoilées dans Le Monde daté de mercredi, la commission, composée de syndicalistes et d'élus, se prononce en faveur d'une transformation de La Poste en société anonyme et donc à une ouverture de capital décriée par les syndicats.
"La majorité des membres de la commission se prononcent pour une transformation du statut de l'entreprise en société anonyme, détenue à sa création à 100% par des investisseurs publics (Etat, Fonds stratégique d'investissement (FSI), Caisse des dépôts et consignations)", indique ce document que les membres de la commission vont examiner mercredi et jeudi avant de rendre leur rapport définitif. "Certains membres de la commission se déclarent opposés à tout changement de statut de l'entreprise qu'ils conçoivent comme une première étape vers la privatisation", écrivent néanmoins les auteurs du projet.
Jacques Lemercier (FO-COM) a également indiqué à l'AFP avoir refusé de se rendre à la réunion mercredi. "Nous avions des contre-propositions qui méritaient d'être étudiées et avaient été soutenues à un moment donnée par des parlementaires: elles ne sont même pas mentionnées dans le rapport", a-t-il déploré.
En effet, parrallèlement aux travaux de la commission, trois syndicats (CFTC, FO et Sud-PTT) ont présenté mardi leurs propositions alternatives à une ouverture de capital de La Poste, préconisant notamment la mise en place d'un pôle public financier dont la Banque postale serait "le bras armé". Ce pôle public financier serait composé également de la Caisse des dépôts (CDC) ou des crédits municipaux. Ces syndicats réclament aussi la création d'un établissement public qui financerait les missions de service public de La Poste: distribution du courrier six jours sur sept, aménagement du territoire, accessibilité bancaire et distribution de la presse. Actuellement, le coût de ces missions est évalué à 850 millions d'euros par an, et n'est pas compensé par l'Etat.
Pour le responsable de la CFTC-Poste et télécommunications Daniel Rodriguez, le rapport est un "tapis rouge déroulé au projet de La Poste". Il a également boycotté la réunion de ce jour.
La CGT claque la porte de la commission
Des écrits suffisants pour ouvrir la boîte de Pandore. Et raviver les craintes d'une privatisation rampante que les turbulences économiques actuelles avaient quelque peu atténuées. Mardi, à la lecture de ces propos, la CGT avait rué dans les brancards. "Le rapport ouvre la voie à la privatisation. Rien ne l'oblige et rien ne le justifie, La Poste doit rester une entreprise publique", expliquait le syndicat dans un communiqué. Ce mercredi, nouveau coup de force: la centrale décide de claquer la porte de la commission Ailleret. "Nous avons décidé de quitter cette commission parce qu'on a appris hier que le rapport était déjà prêt (...) alors que les derniers débats sont censés durer jusqu'à jeudi", a déclaré Jean Souleil, porte-parole du la CGT, à l'agence de presse AP. "L'objectif de la commission, c'était uniquement, dès le départ, de justifier la privatisation de La Poste en faisant croire qu'il y avait eu trois mois de négociations et un consensus", a-t-il ajouté.
La fédération Sud-PTT, deuxième syndicat, avait déjà suspendu sa participation à la commission fin octobre.
Face à tant de fracas, les justifications de la commission se font timidement entendre. Confrontée au défi de la libéralisation de la distribution du courrier à l'horizon 2011, La Poste ne bénéficie pas, pour les tenants du passage en SA, "des marges de manoeuvre dont disposent les autres opérateurs européens".
Le gouvernement devrait se prononcer sur le projet d'ouverture du capital de La Poste présenté par son président, Jean-Paul Bailly, après la remise du rapport final de la commission prévue le 15 décembre. Selon Le Monde, la décision de ne pas coter en Bourse l'entreprise serait déjà arrêtée.
Le communiqué commun de SUD, FO et CTFC :
COMMISSON AILLERET : UN RAPPORT DE COMMANDE
Les organisations syndicales CFTC , FO-COM et SUD PTT, après lecture concertée du rapport Ailleret sur l’avenir de La Poste constatent :
- Que la commission Ailleret, créée haut le pieds pour répondre à la mobilisation contre la privatisation de La Poste, pour un débat public et un référendum, a été largement instrumentalisée par l’Etat.
- Que le rapport de cette commission est quasi intégralement conforme au projet de La Poste, évoluant au gré de la communication du groupe, de l’aggravation de la crise et des déclarations discordantes de divers membres et proches du gouvernement et de la présidence de la république.
- Que les débats n’ont pas été sereins au sein de la commission, sous la pression constante d’une campagne de promotion du projet de privatisation de La Poste par ses dirigeants, à tel point que des représentants des personnels ont ajourné provisoirement ou définitivement leur participation aux travaux. Aucun des sujets du dossier n’a été mis aux
voix ce qui relativise la notion de "majorité" des participants favorable au projet.
- Que le travail et les contributions fournis par les organisations syndicales CFTC, FO COM et SUD PTT n’ont pas été pris en compte (notamment sur les financements alternatifs, partenariats, innovation et modernisation, évaluation et gestion transparente des fonds alloués aux missions de service public, etc).
- Que dans tous les cas, la satisfaction des besoins des usagers de La Poste ne fait pas partie des objectifs du projet retenu, orienté sur la vision d’un « business » postal basé sur la productivité (omniprésente dans le texte) au détriment de la solidarité et de l’égalité de traitement de la population.
- Que l’aspect social à La Poste est présenté sous un angle idyllique, chose inacceptable dans un établissement où plus de 43 00 emplois ont été supprimés ces trois dernières années et où l’inégalité salariale règne toujours entre des agents de statuts différents.
- Que l'objectif premier du projet est de mettre à bas le statut d'établissement public de La Poste, gage non négociable pour nous de la pérennité des missions de service public de La Poste.
En conséquence, les organisations syndicales signataires de ce communiqué dénoncent et rejettent avec vigueur la vision d’avenir de cette commission et sont confortées dans leur mobilisation contre la privatisation, pour un débat public et pour un référendum sur le service public postal.
