Leçon à méditer pour la Banque Postale
Source : Les Echos
« La Poste aurait perdu 60 millions d'euros à cause de Lehman
La Banque Postale n'est pas complètement immunisée dans la crise financière. Selon des sources concordantes, l'établissement bancaire, filiale de La Poste, aurait perdu une soixantaine de millions d'euros à cause de la faillite de Lehman Brothers mi-septembre. L'établissement n'a pas souhaité commenter l'information vendredi. Cela devrait être l'un des rares « accrocs » cette année de La Banque Postale, qui n'a pas de produits structurés à risque, pas de filiale aux Etats-Unis et aucune activité de banque d'investissement.
Largement excédentaire en ressources, la filiale de La Poste a par ailleurs été épargnée par les problèmes de refinancement, assurant même des liquidités aux autres banques françaises. »
Réaction de FO :
« La Banque Postale devient inquiétante
Soixante millions de perdus dans le naufrage de Lehman Brothers, c'est beaucoup pour La Poste. Mais il n'y a pas que le quantitatif ; les principes comptent aussi. Qu'allait faire une banque publique, dont la raison d'être est le service au plus grand nombre, hors de son rôle naturel et hors de ses frontières ?
Au moment où La Poste, en fermant des bureaux de plein exercice, restreint son offre financière sur le territoire, cette déconfiture américaine révèle le décalage entre les slogans publicitaires et les véritables desseins. La Banque Postale s'affiche comme « la plus rassurante du marché », en réalité elle devient inquiétante...
Après les mauvais chiffres du courrier, cette nouvelle amputation financière confirme qu'il est grand temps que La Poste se recentre sur sa vocation publique et place ses investissements sous le signe de l'intérêt général. »
Et celle de SUD :
C’est le jour où La Banque Postale lance une campagne publicitaire selon laquelle « La Banque Postale est la banque qui inspire le plus confiance à ses clients », qu’émerge l’information selon laquelle “LBP aurait perdu 60 millions d’euros à cause de la faillite de Lehman Brothers”. Une singulière coïncidence !
Il est vrai que le nombre d’ouvertures de Livret A et de dépôts sur ce produit dans les bureaux deposte démontrent un attachement et une confiance dans la banque postale et surtout dans La
Poste. Cette confiance est en grande partie due au statut public de cette dernière, qui rassure. Elle repose également sur sa communication la qualifiant d’être une banque pas comme les autres.
Cette affirmation pouvait laisser l’illusion que La Banque Postale ne se comporte pas comme les autres banques, notamment pour ce qui concerne les placements à risques. Une banque plus vertueuse, en somme ! L’information du jour vient, inévitablement, écorner cette image.
Cette perte soulève des questions à l’heure où le changement de statut de La Poste est à l’ordre du jour. Par exemple, à quoi servirait l’argent levé par une ouverture du capital ? Les dirigeants de La Poste et le gouvernement ont toujours les yeux de Chimène pour La Poste allemande. Or, la Postbank a avoué un engagement de 364 millions d’euros chez Lehman Brothers. Ce serait ça lenouveau modèle ?
Dans son rapport sur La Banque Postale, en date de mars 2008, la Cour des Comptes concluait ainsi ses travaux : « La question, sur laquelle il n’appartient pas à la Cour des Comptes de se prononcer, est donc de savoir s’il convient de reconnaître le rôle social de La Banque Postale et de traduire légalement le concept de “banque pas comme les autres” qui ne correspond actuellement qu’à une représentation commerciale. L’alternative serait la banalisation complète de l’établissement, qui début 2008, n’est qu’à moitié achevée ».
Pour Sud-PTT, le contexte économique répond à cette question d’une manière sans équivoque. Le groupe La Poste, et donc La Banque Postale, doit se reconcentrer sur ses missions de service public et d’intérêt général et donc de conserver un statut public. C’est ce qu’attendent aujourd’hui les populations !
[MAJ 5/12/08] :
Aujourd’hui, la Banque Postale, par une communication bien huilée (prospectus, etc.), voire tapageuse, nous abreuve d’un vocable qui se voudrait moralisateur : la fameuse “déontologie”. Elle n’est pourtant pas à l’abri de dérapages (voir le tract ci-contre).
Que recoupe finalement ce terme souvent avancé pour justifier généralement l’injustifiable. De quoi s’agit-il vraiment ? La Banque Postale en manquerait-elle pour en parler tant ?
Tout d’abord, La Poste, service public sous la tutelle de l’Etat, se doit de répondre à ses missions d’intérêt général reposant notamment sur les valeurs d’égalité de traitement et de continuité de service. Parmi ses missions, l’accessibilité bancaire s’impose à la Banque Postale.
Concernant notre profession, il est plus judicieux d’employer l’expression “code de déontologie” qui fait davantage référence à notre culture citoyenne, à notre sens... critique. Ce code, avec ses règles, régit notre activité tout en administrant, par un ensemble de droits et de devoirs, notre rapport au public. La déontologie proprement dite consiste à respecter les procédures et leurs conformités.
Pourtant, depuis plusieurs années maintenant, La Poste, entreprise publique et les gouvernements successifs essaient de dévoyer, à des fins de plus en plus mercantiles, tous ces règlements censés régenter les devoirs qui lui incombent. En faisant le choix plus ou moins assumé de l’aventure lucrative (voire bientôt spéculative !), La Poste abandonne petit à petit la logique du service public au profit de celle du marché. Ce changement de règles du jeu et cette exigence de résultats financiers s’imposent à l’ensemble des agents et s’accompagnent de nouvelles procédures automatiques. Ces dernières, savamment concoctées dans le seul but de rentabilité, restreignent également l’autonomie de décision des agents.
Dans ce nouveau contexte, on peut s’interroger sur la conformité de cette déontologie type “tiroir-caisse” avec les missions de service public de La Poste et de la Banque Postale.
Autant d’arguments supplémentaires pour ne pas céder aux sirènes de l’ouverture du capital et l’introduction en bourse !
[MAJ du 2 décembre 2008] :
Par transparence nous vous retransmettons le communiqué de La Poste en réaction à cette "fuite dans la presse" :
Source : Forumwebservices
Précisions de La Banque Postale concernant Lehman Brothers
La presse fait état d'informations selon lesquelles La Banque Postale serait affectée par la faillite de Lehman Brothers. La Banque Postale souhaite apporter les précisions suivantes.
Du fait du caractère récent et encore incomplet de son entrée sur le marché du crédit, La Banque Postale dispose d'importantes ressources financières (environ 70 milliards d'euros) investies essentiellement en obligations* d'Etat et marginalement en obligations émises par certains établissements financiers parmi les mieux notés**.
Un montant très faible de ces ressources (environ un pour mille) a été investi sur des obligations classiques notées AA-/A+ émises par Lehman Brothers qui n'ont rien à voir avec les subprimes. Il donnera lieu à la fin de l'exercice 2008 à une provision d'un montant approprié, mais limité et sans impact significatif, ni sur le compte de résultat de la banque, ni sur ses fonds propres.
La Banque Postale réaffirme donc sa solidité dans la crise. Elle ne possède, pour son compte propre ou celui de ses clients, aucun actif toxique ou placement lié aux subprimes, et n'aura à constater aucune perte à ce titre.
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* Une obligation est un titre de créance négociable représentatif d'une fraction d'un emprunt émis par une entreprise, une entité du secteur public ou l'Etat. En tant que créancier d'une entreprise, le porteur d'une obligation ne court pas le risque industriel de celle-ci puisque sa rémunération est contractuelle. Il sera remboursé avant les actionnaires en cas de faillite de l'entreprise. En contrepartie, il ne bénéficie pas des droits sociaux liés à l'action (droit au bénéfice et droit à la gestion de l'entreprise via le droit de vote). (Source : Vernimen)
** Une agence de notation est une entreprise ou une institution chargée de la notation des collectivités (États...) ou des entreprises selon certains critères définis par une réglementation ou par les acteurs de marché. Une agence peut noter selon des critères financiers mais aussi, de plus en plus, selon des critères écologiques, sociaux ou moraux. Historiquement, les premières agences de notation sont les agences de notation financière telles que Fitch Ratings, Moody's et Standard & Poor"s (Source : Wikipedia).